Est-ce que les préparations commerciales pour nourrissons peuvent avoir une incidence sur la performance scolaire?

28 avril 22 | Monde, Publications - Rapports - Études

Wright C, Garcia A L. (2021) Enriched formula milks and academic performance in later childhood. The :10.1136/bmj.n2661

Des nutriments ajoutés dans les PCN non seulement n’améliorent pas les fonctions cognitives, mais peuvent nuire aux enfants, selon cette étude. 

De nombreuses affirmations sont faites à propos de l’importance de l’exposition à des nutriments durant la petite enfance et ses effets à long terme. Mais des études démontrent que l’impact de la nutrition sur le neurodéveloppement de l’enfant est mesuré souvent de manière prématurée – avant même que le développement complet des facultés cognitives, et ce, afin de parvenir à une évaluation solide.

Une étude menée par Verfürden et ses collaborateurs est impressionnante : elle a suivi 1763 participants dans sept essais contrôlés randomisés portant sur des préparations commerciales pour nourrissons (PCN), ayant pris place entre 1993 et 2001, puis elle a relié 91 % d’entre eux à des résultats académiques et objectifs recueillis à l’âge de 11 et 16 ans.

L’âge des nourrissons lors des essais était variable ainsi que les composants principaux des PCN étudiés : allant de la longue chaine d’acide gras polyinsaturés (AGPI), un des constituants du lait maternel qui joue un rôle dans le développement du cerveau; aux PCN enrichies de fer, de concentrations élevées de macronutriments, de palmitate ou de nucléotides.

En résumé, aucun de ces PCN n’a démontré d’effets sur les facultés cognitives des jeunes plus tard dans leurs performances scolaires, notamment en mathématiques ou en langues. Des observations qui étaient peut-être attendues puisque les effets sur le développement précoce n’avaient pas encore été démontrés auparavant. Les nouveaux résultats de Verfürden et collaborateurs, cependant, ne tiennent pas compte d’autres avantages qui pourraient survenir plus tard dans l’enfance. Les auteurs soutiennent que les essais originaux étaient suffisamment grands pour détecter une différence réelle d’au moins 0,33 d’écart-type pour les examens nationaux de mathématiques passés à l’âge de 16 ans.

Une vaste revue systématique récente sur des essais de PCN, menée par Helfer et ses collaborateurs, a révélé que la plupart d’entre eux étaient financés par l’industrie des PCN. Les essais étaient de petite taille (médiane 114 participants) et même parmi ceux publiés depuis 2015, moins de la moitié étaient enregistrés à l’avance ou avaient un résultat primaire énoncé dans l’article. Par conséquent, sans enregistrement des essais, les chercheurs peuvent mener de nombreux petits essais et ne publier que ceux qui ont des effets statistiquement significatifs, même si ces effets apparents sont probablement le fruit du hasard.

L’analyse de Helfer et de ses collègues a révélé que 80 % des études présentaient un risque élevé de partialité, principalement en raison d’un compte-rendu sélectif. En fait, 92 % des résumés mentionnaient des résultats positifs alors que seulement 42% des essais avaient démontré des différences statistiquement significatives dans un résultat primaire donné.

Des effets indésirables qui passent inaperçus

En plus d’exagérer les effets mineurs ou fortuits, les études de moindre envergures sont moins susceptibles de détecter les véritables effets indésirables. Verfürden et ses collaborateurs ont noté que les participants de cinq des sept essais liés aux PCN s’en sortaient légèrement (mais pas significativement) moins bien que les témoins dans les examens nationaux de mathématiques à l’âge de 16 ans. Les scores en mathématiques et en anglais étaient significativement plus faibles à l’âge de 11 ans, mais pas à 16 ans pour les participants ayant reçu une PCN enrichie dans les deux essais sur les AGPI. Ce résultat est cohérent avec une méta-analyse du même groupe de recherche, qui suggère que l’ajout de l’AGPI aux PCN est néfaste pour la cognition. Verfürden et ses collaborateurs notent qu’en dépit de leurs résultats, les PCN sont souvent complétés par l’AGPI acide docosahexaénoïque, notamment en Europe où c’est obligatoire.

Il a été démontré de façon convaincante et répétée que de donner aux bébés des PCN au lieu du lait maternel les mettent à risque. Des preuves récemment publiées suggèrent la nécessité de mieux réglementer la recherche sur les PCN et de veiller à ce que ces preuves soient utilisées pour retirer les nutriments inutiles et potentiellement dangereux dans les PCN, ainsi que de stopper les allégations promotionnelles trompeuses.

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