Lorsque les femmes n’atteignent pas leurs objectifs d’allaitement

11 janvier 22 | Monde, Publications - Rapports - Études

Brown, Amy E. What Do Women Lose if They Are Prevented From Meeting Their Breastfeeding Goals? Clinical Lactation. 2018; Vol 9, Issue 4. DOI:10.1891/2158-0782.9.4.200

 

Cet article explore la question complexe de l’allaitement et de la santé mentale maternelle. De nombreuses femmes cessent d’allaiter avant d’être prêtes, ce qui entraîne souvent des sentiments d’anxiété, de culpabilité et de colère.

Ceux et celles qui critiquent la promotion de l’allaitement blâment les défenseurs de l’allaitement pour ces conséquences émotionnelles. Affirmant que si l’attention était portée seulement sur l’alimentation du bébé, en valorisant et soutenant de manière égale tous les moyens d’alimentation, la santé mentale de la mère serait protégée.

Mis à part les effets avérés de l’alimentation du nourrisson sur la santé, cet argument échoue à considérer l’importance des objectifs de la mère en matière d’allaitement, ainsi que les retombées positives physiques et émotionnelles que l’allaitement peut apporter. Même si certaines femmes se sentent réconfortées par le message que le plus important est que le bébé soit nourri, d’autres considèrent ces suggestions comme un manque de reconnaissance de leurs souhaits et de la perte qu’elles ressentent, exacerbant ainsi leur deuil et leur frustration.

L’objectif de cet article est de souligner l’importance de reconnaître et de valoriser les objectifs individuels des femmes en matière d’allaitement, et de ne pas ignorer ou invalider leur expérience si elles ne les atteignent pas en leur disant que cela n’a pas d’importance.

Pour aller de l’avant, nous devons reconnaître l’impact de toutes les expériences d’alimentation du nourrisson, prendre en compte l’impact des messages publics, et travailler pour soutenir plus de femmes à atteindre leurs objectifs.

L’allaitement et la santé mentale des femmes

De nombreuses recherches effectuées au cours des dernières décennies ont montré que l’allaitement exclusif protège la santé mentale maternelle. Mais la relation entre l’allaitement et la santé mentale maternelle est complexe. Les femmes qui ont une bonne santé mentale peuvent trouver leur expérience d’allaitement plus facile à naviguer alors que les mères qui ont des difficultés peuvent trouver l’allaitement, ou prendre soin d’un bébé en général, plus éprouvant. Les mères qui souffrent de dépression sont plus susceptibles de percevoir leur bébé comme difficiles et sont moins susceptibles d’être réactives envers leur enfant. Elles peuvent manquer des signes et être moins sensibles à l’attachement et au positionnement ce qui peut nuire à l’allaitement.

Bien sûr, le contraire est aussi vrai. L’expérience d’une femme en matière d’alimentation de son bébé peut affecter son bien-être. Si une femme prévoit d’allaiter et qu’elle en est incapable ou ne parvient pas à atteindre ses objectifs d’allaitement, son risque de dépression augmente.

Si une femme éprouve de la douleur et des difficultés, cela est également associé à un risque plus élevé de dépression. Bien que certaines mères puissent trouver la paix dans leur décision d’arrêter, mettre fin à une relation d’allaitement avant d’être prête peut entraîner toute une gamme d’émotions, notamment le deuil, la colère, la perte d’estime de soi et des sentiments d’échecs. Cela peut aussi être amplifié par une chute d’hormones protectrices de l’allaitement (comme l’ocytocine et la prolactine), qui augmentent les sentiments de calme et de relaxation.

Malheureusement, un nombre important de femmes n’atteignent pas leurs objectifs d’allaitement. Au Royaume-Uni, 80 % des femmes qui arrêtent d’allaiter au cours des six premières semaines déclarent qu’elles n’étaient pas prêtes à cela. En ajoutant que les douleurs, les difficultés et le manque de soutien étant les raisons les plus courantes de à la base de leur décision. Des tendances similaires sont observées aux États-Unis, au Canada et en Australie laissant de nombreuses femmes potentiellement exposées à des émotions difficiles et à des défis de santé mentale. Par conséquent, des femmes rapportent souvent qu’elles ressentent une pression importante pour allaiter, alors que le soutien pour le faire est inadéquat.

Les femmes méritent plus (de soutien)

À cet effet, l’argument que nous voyons circuler dans les médias tourne souvent autour de l’idée que trop de pression est mise sur les femmes pour qu’elles allaitent. Donc, pour protéger la santé maternelle, nous devrions plutôt adopter une approche centrée sur la mère, et ce, en promouvant comme égales toutes les moyens d’alimentation. En d’autres mots, l’accent devrait être mis sur le fait de s’assurer que le bébé est nourri tout en proposant que tout le reste n’est que du bruit, avec un impact réel plutôt minimal sur la mère et le bébé.

Le domaine de la lactation a fait l’objet de critiques, principalement de la part de personnes ayant une formation en sciences sociales, avec des accusations de « lactivisme militant » détruisant la santé mentale des femmes. L’allaitement est présenté comme un comportement moral et l’appel par certains secteurs à cesser la promotion l’allaitement est fort. Cependant, bien que cela puisse apporter du réconfort à certain(e)s, adopter cette approche pour toutes est comparable à traiter les symptômes plutôt que d’explorer profondément leur cause.

Les femmes qui n’ont aucun désir d’allaiter ne ressentent pas d’impact négatif sur leur santé mentale lorsqu’elles n’allaitent pas. Au contraire, les émotions négatives sont généralement la conséquence d’intentions et de désirs non rencontrés.

Dire simplement aux femmes que le plus important est que leur bébé soit nourri, peut fonctionner pour certaines, mais peut être interprété par d’autres comme si leur expérience n’avait pas d’importance, aggravant ainsi leur chagrin alors qu’elles ont l’impression que leurs objectifs ont été écartés.

L’idée de dire à une femme de se concentrer sur le positif plutôt que sur ce qu’elle a perdu est un thème qui revient tout au long de la grossesse, de la naissance et de la maternité. Les femmes qui vivent une fausse couche reçoivent souvent le commentaire : « La prochaine fois, cette fois-ci ce n’était pas dû pour arriver« . Les femmes qui vivent des accouchements traumatisants entendent souvent : « la principale chose qui compte, c’est que vous ayez eu un bébé en bonne santé« .

De plus en plus, on dit maintenant aux femmes que « la principale chose qui compte, c’est que votre bébé soit nourri« . Bien sûr, en bout de ligne, ces choses sont vraies. Un bébé en santé et bien nourri figure en tête de liste des souhaits des femmes. Cependant, nous le devons aux femmes de leur donner plus que le résultat final.

Il est désormais acceptable de considérer qu’une naissance traumatisante puisse avoir des répercussions psychologiques et physiologiques durables sur une femme et d’avancer qu’il est important d’améliorer cette expérience dans la mesure du possible… mais qu’en est-il de l’allaitement ?

Dire aux femmes que la principale chose qui compte est que leur bébé soit nourri peut être réconfortant pour certaines, mais pour d’autres, elles peuvent avoir l’impression que leurs souhaits, leurs attentes, ce qu’elles perçoivent comme un fonctionnement normal de leur corps, sont invalidés et rejetés.

 

Traduction libre par le MAQ
Crédit photo: Hollie Santos 


Des ressources existent

Le soutien à l’allaitement pouvant faire une différence notable dans la vie d’une personne, nous tenons à souligner que des ressources communautaires en allaitement (RCA) sont disponibles à travers le Québec pour tendre une écoute bienveillante, offrir des conseils et bien plus auprès des familles qui vivent des difficultés avec l’amorce ou la poursuite de leur allaitement.

Parce qu’il est important de reconnaître les objectifs d’allaitement d’une famille pour son bien-être, nous invitons toute personne qui aurait besoin d’un soutien, ou qui connaît une personne dans cette situation, de communiquer avec une RCA de sa région. Pour en savoir plus, cliquez ICI

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