Quand prendre la décision d’allaiter se conjugue avec autonomisation

12 janvier 22 | Monde, Publications - Rapports - Études

Brown, Amy E. What Do Women Lose if They Are Prevented From Meeting Their Breastfeeding Goals? Clinical Lactation. 2018; Vol 9, Issue 4. DOI:10.1891/2158-0782.9.4.200

 

Pourquoi de nombreuses femmes souhaitent-elles tant allaiter ?

Pour comprendre l’importance de ne pas rejeter les préoccupations des femmes en matière d’allaitement, nous devons nous pencher sur ce que signifie l’allaitement pour de nombreuses mères, et pourquoi elles veulent allaiter.

La littérature de santé publique affirme que les femmes devraient être encouragées à allaiter parce que l’allaitement protège la santé du nourrisson et de la mère. Cependant, ce raisonnement ne représente qu’une petite partie des raisons pour lesquelles l’allaitement est si important pour les femmes, alors que celles-ci décrivent une série de bénéfices psychologiques qu’elles en retirent.

Bien sûr, pas toutes les femmes souhaitent allaiter, mais ces femmes sont généralement heureuses avec cette décision. Ce débat ne concerne pas ces femmes ; il porte plutôt sur les façons que l’on peut soutenir les femmes qui veulent allaiter mais ne peuvent pas y arriver. (…)

L’allaitement : élément central du processus de devenir mère

L’allaitement et le concept d’identité maternelle vont de pair. L’allaitement fait souvent partie de ce que les femmes s’imaginent faire en tant que mère. Les femmes disent voir l’allaitement comme un moyen de s’identifier à un type de mère qu’elles souhaitent être, de remplir ce qu’elles considèrent comme un rôle physiologique maternel. Il ne s’agit pas simplement d’un transfert de lait, mais d’un outil de maternage, qui contribue à renforcer les liens et la proximité. C’est une relation et une expérience, plutôt qu’un simple moyen d’alimentation.

L’allaitement peut être un moyen de guérir après une naissance qui ne s’est pas déroulée comme prévu, ou un moyen de protéger son nourrisson surtout s’ils sont malades. Cette expérience peut être particulièrement dure pour les mères d’enfants prématurés. L’allaitement est un moyen satisfaisant de guérir, de créer des liens et de revendiquer la « possession » maternelle du nourrisson, loin des machines et du personnel.

Cependant, on dit de plus en plus aux femmes que les préparations commerciales pour nourrissons (PCN) sont un substitut comparable au lait maternel. Les PCN sont des produits sûrs et suffisants, qui peut sauver des vies en l’absence de lait maternel. Or, si l’on met de côté toute comparaison scientifique du contenu du lait maternel et des PCN, l’alimentation aux PCN n’est pas un substitut direct à l’allaitement.

Bien que certaines femmes déclarent qu’elles trouvent le processus plus pratique ou qu’il est rassurant de pouvoir voir la quantité de lait consommée par le bébé, d’autres femmes auront le sentiment de perdre quelque chose en ne pouvant pas allaiter leur enfant. Lorsque les femmes qui le souhaitent ne peuvent pas materner de cette manière, elles font le deuil de l’allaitement, mais aussi de la personne qu’elles s’imaginaient être. Les chercheurs et chercheuses (Palmer et al.) décrivent cela comme une « perte existentielle ».

Les critiques de cette relation ont suggéré que les femmes sont devenues trop investies dans leur rôle de mère, considérant l’allaitement comme un moyen de signaler aux autres qu’elles sont des mères « bonnes » et « morales ». Ce besoin a été dépeint comme déresponsabilisant et comme étant symbolique de la pression générale exercée sur les femmes pour qu’elles se comportent d’une manière qui est dicté par des normes sociétales, genrées et morales.

Toutefois, ceci est en contradiction avec l’expérience de nombreuses femmes qui décrivent l’allaitement comme satisfaisant et responsabilisant ou autonomisant. Si les femmes souhaitent que quelque chose de biologiquement normal fasse partie de leur identité de mère, pourquoi cela devrait-il être critiqué ?

Il ne s’agit pas de dire que toutes les mères devraient se sentir de cette façon, ou que les mères qui n’allaitent pas point sont de moins bonnes mères. D’où vient ce sentiment et comment l’empêcher de se manifester, tout en permettant aux femmes qui allaitent de considérer celui-ci comme faisant partie intégrante de leur identité ?  (…)

Traduction libre par le MAQ
Crédit photo : A.Krepkih

 

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