Pour des articles scientifiques et éthiques sur l’alimentation des nourrissons : il faut contrer la mésinformation

28 septembre 22 | Monde, Publications - Rapports - Études

Nanette Jolly, We Need Scientific, Ethical Articles on Infant Feeding, Breastfeeding Medicine, 2022 17:9, 709-710. DOI: 10.1089/bfm.2022.0123709. 

La plupart des recherches comparatives sur l’alimentation des nourrissons utilisent les préparations commerciales pour nourrissons (PCN), et non l’allaitement maternel, comme groupe témoin. Cette approche viole les règles de la recherche scientifique, déforme les résultats et atténue la réaction des professionnel(le)s et du public devant les risques de morbidité et de mortalité plus élevés associés à l’alimentation à l’aide de PCN.

*Dans une expérience scientifique, un groupe contrôle, ou groupe témoin, est un groupe d’individus qui ne reçoit pas le traitement testé. Dans le cadre de cet article, il serait question de groupes de contrôle qui reçoivent des PCN. (1)

Une étude clinique évalue si une intervention thérapeutique peut être utile en la comparant à la fonction physiologique normale, qui constitue le groupe témoin. L’intervention est jugée utile lorsqu’elle rétablit la fonction normale (2) de manière aussi proche et sûre que possible. (3)

Un chercheur digne de ce nom ne pourrait cautionner que le substitut artificiel d’une fonction physiologique normale soit traité comme le témoin pour évaluer les « bienfaits » de l’allaitement. On ne compare jamais l’alimentation avec la nutrition intraveineuse pour conclure que l’alimentation est meilleure, parce qu’elle présente des avantages par rapport à une sonde naso-gastrique ou à la perfusion intraveineuse, et parce qu’elle engendre moins de complications.

La présentation non scientifique des résultats d’une recherche est trompeuse, et les conséquences sont significatives. Lorsque l’allaitement maternel est considéré comme le groupe témoin, il est prouvé que les substituts (PCN) lui sont inférieurs et comportent des risques de morbidité et de mortalité significativement plus élevés que la normale physiologique, avec des exceptions seulement dans quelques conditions pathologiques. La communication à propos des risques sont déformés lorsqu’on recourt à un groupe témoin erroné : par exemple, le risque du syndrome de mort subite du nourrisson n’est pas réduit de moitié par l’allaitement ; il est multiplié par deux lorsque l’alimentation se fait à l’aide de PCN.

Quand l’idéalisation rend l’allaitement moins accessible

« Le langage a du pouvoir… il a un impact sur la pensée et sur le comportement ». Les chercheurs abusent de ce pouvoir lorsqu’ils déclarent vigoureusement que l’allaitement est la meilleure source d’alimentation pour les nourrissons. Bien que les résultats des études concluent presque toujours que l’allaitement est ce qu’il y a de mieux, puis qu’il réduit les risques de morbidité et de mortalité, en réalité, ce sont les autres modes d’alimentation qui sont associés à des risques accrus. Et cette représentation déformée fait en sorte que seule une minorité le réalise.

La plupart des recommandations et des résumés d’études qui font autorité en matière de recherche sur l’alimentation des nourrissons commencent par affirmer que l’allaitement est l’alimentation idéale/la meilleure pour les bébés. Cette façon d’idéaliser l’allaitement sous-entend qu’il est peu probable qu’il soit accessible pour la mère ordinaire. Alors que l’alimentation à l’aide de PCN, utilisée à tort comme témoin dans les résultats de recherche, est considérée comme normale, donc « suffisante ».

La normalisation des PCN et la culture du biberon

En présumant que l’utilisation des PCN est normale, et en déclarant que l’allaitement présente des avantages et des bénéfices, ce qui en fait un choix facultatif (lequel n’a donc pas beaucoup d’importance), on prive les mères de l’information dont elles ont besoin avant de prendre des décisions importantes concernant leur santé, et celle de leur bébé, à court – et à long – terme.

Les articles des revues professionnelles constituent la principale source d’information des médecins, tant pour leur formation que pour la mise à jour de leurs connaissances. Ces articles déterminent également la perception des médecins et la démarche à adopter pour soutenir l’allaitement, que ce soit dans le cadre de la pratique clinique ou pour l’élaboration de lignes directrices et de protocoles.

Les professionnel(le)s de la santé ont beaucoup d’influence et font autorité. Ainsi, une présentation non scientifique de la recherche a des conséquences sur l’ensemble de la société. Nous (les professionnel(le)s de la santé) devons reconnaître que nous avons joué un rôle qui a contribué à une culture de l’alimentation artificielle, et nous devons assumer notre responsabilité afin d’initier le mouvement pour favoriser une culture de l’allaitement.

Il est temps que les publications s’engagent en faveur de la science, et les revues professionnelles sur l’allaitement ont la responsabilité éthique de montrer la voie. Déformer les résultats d’une recherche est une faute scientifique.

Nous devons publier des recherches sur l’alimentation infantile en identifiant l’allaitement comme la norme physiologique qu’elle est, soit le témoin, comparativement à l’intervention (médicale/artificielle), généralement l’alimentation à l’aide de PCN. Il s’agit donc d’identifier et d’évaluer les doses du substitut donné – et la durée, et de quantifier les risques en conséquence. Les résultats de la recherche ne changeront pas, seule la façon de les présenter changera.

En recevant notre diplôme, nous avons promis avant tout de ne pas nuire. Cela inclut l’obligation éthique de publier la présentation des résultats de la recherche de manière scientifique. Ne pas suivre la science, c’est continuer de causer des dommages importants à la santé actuelle et future des mères et des bébés en induisant en erreur les professionnel(le)s de la santé et, par conséquent, toute la société.

 

1. Cet extrait ne provient pas de l’article, mais a été ajouté par le MAQ afin d’expliquer ce qu’est un groupe contrôle (ou témoin).
2. Par exemple du corps, du foie, etc.
3.  À des fins de clarification, le MAQ ajoute à titre d’exemple que la norme physiologique de base est l’allaitement, et pour ce qui est du groupe témoin ce sont les bébés allaités.

Traduction libre par le MAQ
Crédit photo: kkolosov

 

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