L’allaitement après l’entrée au service de garde : c’est possible !

18 août 20 | Québec, MAQ, Outils

Marraine d’allaitement et monitrice de portage, Gabrielle Gauvin a introduit son fils à la garderie quand il avait 18 mois. « L’éducatrice était ouverte et savait que mon fils était allaité, explique-t-elle. Mais l’intégration ne se passait pas très bien. »

Pour remédier à la situation, une psychoéducatrice mandatée par le service de garde lui a suggéré de sevrer son fils durant le jour pour faciliter son intégration. Une place en garderie lui serait réservé durant ce temps. « Pour moi, ça été un point de non-retour parce que je ne voulais pas le sevrer de jour et que je sentais que ce n’était pas la cause des difficultés », relate-t-elle. Convaincue que de le sevrer n’allait pas régler situation, elle renonça à sa place en garderie.  

Sandy Delisle, consultante en lactation IBCL et étudiante à la maîtrise en orthophonie,  qui anime des ateliers sur l’allaitement depuis près de cinq ans observe qu’au moins une à deux mères par atelier expriment se sentir mal à l’aise de poursuivre leur allaitement après l’entrée en service de garde. Certaines rapportent même que leur éducatrice leur propose de cesser d’endormir leur bébé au sein afin de faciliter le processus du dodo en garderie.

Allaiter en service de garde

Mère de trois enfants, Sandy Delisle a allaité chacun d’eux le plus longtemps possible, y compris après leur entrée au service de garde. 

Même s’il n’y avait pas d’espace réservé pour l’allaitement dans le CPE , Sandy Delisle prenait place sur un banc près de l’entrée pour nourrir sa fille au sein après l’avoir récupérée. « Je n’ai jamais demandé la permission, lance-t-elle. Cela allait de soi. » Sa petite se satisfaisait souvent d’une courte tétée le temps de se coller un peu, raconte-t-elle. 

Elle n’a jamais été la cible de regards ou de commentaires désagréables de la part du personnel ou des parents qui passaient. Mais si quelqu’un l’avait interpellé à cet effet, elle l’aurait informé sur ses droits en matière d’allaitement en faisant allusion à la Charte des droits et libertés de la personne.

Le manque d’information : un vrai défi

« Beaucoup de femmes pensent qu’elles doivent arrêter d’allaiter parce qu’elles retournent travailler, lance Mme Delisle. Ce qui est faux. » Au moment d’entamer un stage à la maîtrise, elle a dû placer sa petite de trois mois à la garderie. Elle s’est alors organisée pour assurer la poursuite de l’allaitement de sa fille. 

Une fois sa demande acceptée par le responsable du stage de lui accorder des pauses afin de tirer son lait, elle a eu besoin de rassembler de l’information afin de le remettre à l’éducatrice. « J’aurais été contente d’avoir un guide à ce moment-là », signale-t-elle en faisant référence aux outils de la Trousse pour les services de garde favorables à l’allaitement du Mouvement allaitement du Québec (MAQ). 

Étant donné que l’éducatrice n’avait pas l’habitude d’administrer du lait maternel, Sandy lui a remis un plan pour qu’elle puisse se débrouiller. « J’ai eu à la rassurer plus d’une fois. L’éducatrice se sentait mal parce que ma fille ne buvait pas beaucoup les premières semaines. Je lui faisais comprendre que c’était normal. Je la référais au document que je lui avais remis et elle me posait des questions au besoin. »

Elle reconnaît toutefois que le défi aurait pu être vécu plus difficilement, voire aurait pu être perçu comme insurmontable pour une femme qui s’y connaît peu en allaitement. « Même si des fois je me demandais si ça allait marcher, j’avais aussi un bébé collaboratif et ça a fonctionné ! Mais je peux très bien imaginer que dans un contexte différent, où la maman est moins au courant de tout ça, ça finit qu’il n’y a plus d’allaitement. ».

La poursuite de l’allaitement après l’entrée au service de garde

L’entrée au service de garde figure parmi les causes les plus communes de l’arrêt prématuré de l’allaitement. En effet, beaucoup de femmes sont malheureusement persuadées que cette nouvelle étape sonne la fin de leur allaitement. Au Québec, moins de 17 % des femmes qui ont donné naissance allaitent leur enfant pendant un an et plus, alors qu’elles étaient près de 94 % à allaiter dans la première semaine.

« Il n’y a aucun intérêt à sevrer son enfant avant son entrée au service de garde, insiste Raphaëlle Petitjean, directrice générale du MAQ. Au contraire, la poursuite de l’allaitement offre plusieurs avantages pour les parents et le personnel éducateur. Si jamais ça ne fonctionne pas, il n’est jamais trop tard pour arrêter, alors que la reprise de l’allaitement est souvent compliquée, parfois impossible. Ainsi, dans le doute, il est préférable de continuer d’allaiter, au moins les premières semaines. » 

Rappelons que Santé Canada et les Diététistes du Canada recommandent l’allaitement jusqu’à l’âge de deux ans, ou plus, accompagné d’aliments complémentaires appropriés à partir de six mois.  

Dans le contexte actuel avec la COVID-19, des mesures sont prises dans les SDG pour assurer la santé et la sécurité des enfants et du personnel. Il ne faut toutefois pas négliger l’allaitement dans la cadre des stratégies de lutte contre une pandémie. D’autant plus que l’allaitement est reconnu pour renforcer le système immunitaire d’un bébé et le protéger contre plusieurs maladies. 

Le MAQ a produit une Trousse – créée par un comité de membres dotées de diverses expertises – qui comprend des renseignements tantôt destinés aux parents, au personnel des services de garde et aux ressources communautaires en allaitement. Les outils de la Trousse, qui peuvent être téléchargés gratuitement, sont disponibles sur le site du MAQ

La Trousse a pour but de veiller à la protection de l’allaitement en respectant les décisions des parents. Le MAQ invite les parents d’un enfant qui fréquentera un service de garde à prendre connaissance du dépliant dans la Trousse qui leur sont destinés et à consulter au besoin une ressource communautaire en allaitement pour recevoir des conseils plus précis sur la possibilité d’allaiter après l’entrée en service de garde. 

Par Karina pour le MAQ

Susciter la discussion autour des services de garde favorables à l’allaitement

Delphine Voirin, responsable du milieu familial Les p’tits aventuriers dans la Capitale-Nationale, représente le premier service de garde à commander la Trousse pour les SDG favorables à l’allaitement. Même si Mme Voirin gérait déjà un SDG respectueux de la décision des mères de poursuivre leur allaitement, elle souhaite devenir officiellement un milieu favorable à cette pratique. « Je veux faire valoir mon point [sur l’allaitement en service de garde]. Autour de moi, il y a aussi beaucoup de services de garde et de mères qui passent sur la rue. Je veux montrer que ça se peut et faire en sorte qu’elles puissent en parler entre elles pour que ça devienne la norme. Pour que les mères n’aient plus peur d’allaiter puis pour que ça se passe bien dans leur SDG aussi. »

Avant d’être responsable d’un SDG, Mme Voirin a été éducatrice pendant plusieurs années, notamment dans une garderie où la directrice ne voulait pas que les mères allaitent sur place. « Je trouvais ça dommage ! », lance-t-elle. La directrice à l’époque était d’avis que les mères pouvaient attendre d’être à la maison pour allaiter. « Pourtant, un bébé qui a faim, on s’entend que quand il a faim, il a faim là où il est, peu importe ! ». L’allaitement au sein sert aussi à réconforter l’enfant, qui peut en avoir grand besoin après cet épisode de séparation avec ses parents.

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